YTRE

Près de la caravane le petit feu crépite encore, la dernière bûche était d’un bois flotté qui s’enflamme avec peine. L’homme à la guitare est toujours là assis sur sa chaise tressée et ses doigts si fins de nostalgie égrènent inlassablement les cordes de son instrument. Alors qu’il marque une pause et se tourne vers son invité du soir, le petit garçon s’échappe en un instant au clair de lune et s’éloigne du campement, son violon sous le bras. Au bout du sentier la lumière du foyer projette son ombre de géant, pourvu que personne ne remarque son escapade…

 Après le monticule sablonneux il y a les herbes folles et les joncs, c’est là qu’il s’arrête un instant, là ou commencent le croassement des grenouilles et les envolées de libellules. Il hésite furtivement mais l’attraction l’emporte, ses pas semblent emportés dans un sortilège.

Ce soir il veut se confronter avec ce qu’il redoute, se prouver qu’il peut affronter la nuit et la nature sauvage. Toute la journée il avait eu l’envie de l’explorer, cette minuscule presqu’ile au flanc de la lagune. Ça y est, plus que quelque pas. «  Mais d’où vient cette clarté ? » se dit-il.  

L’eau s’étends à perte de vue, le chatoiement des astres démultiplie la lumière et magnifie les derniers reflets du crépuscule.. Le mistral se lève violemment en un instant et le garçonnet peine à prendre sa respiration. Au lointain les accents de la soléa se mêlent au vent et aux des battements d’ailes de flamands roses prenant leur envol. Il lève ses yeux aux ciels, respire profondément et contemple l’immensité de la voute céleste. Vertige de l’immensité, questionnements soudains… Une voix féminine perce, empreinte d’inquiétude, l’appelant au loin. Posant son violon contre sa poitrine, ses petits doigts dessinent sur la touche d’ébène la forme d’une constellation qu’il aperçoit à l’horizon. Il sent monter en lui une ivresse mystérieuse qu’il n’avait jamais ressentie et se souvient des paroles du vieux batelier « Les étoiles sont nos racines du ciel ».. C’est là, immobile au milieu de la nuit que commence sa vocation d’artiste, baigné par les feux de la nuit étoilée.. Astéria   

  Engé Helmstetter

 

A voir sur France 3 le reportage “Le quartet Ytré”

 

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